Et je n’en avais pas honte.
J’ai alors entendu un homme dire, d’une voix basse mais claire : « Regardez-le. Voilà ce qui arrive quand on ne prend pas ses études au sérieux. »
J’ai figé.
Du coin de l’œil, je les ai aperçus : un homme en costume élégant à côté d’un garçon d’une quinzaine d’années. De beaux vêtements. Un joli sac à dos. Ses cheveux étaient coiffés avec plus de soin que je ne l’avais jamais fait le jour de mon mariage, du temps où j’en avais encore un.
« Tu trouves ça drôle de sécher les cours ? » poursuivit l’homme. « Tu crois que ne pas faire ses devoirs n’a pas d’importance ? Tu veux finir comme ça ? Un bon à rien, à faire des travaux manuels toute ta vie ? »
Il y eut un silence.
J’ai serré les dents. J’ai gardé les yeux fixés sur le poulet, faisant semblant de n’avoir rien entendu.
« Alors ? C’est ainsi que vous envisagez votre avenir ? » insista l’homme.
Le garçon répondit à voix basse : —Non.
Il avait l’air mal à l’aise.
Le père se pencha vers lui. « Alors commence à te comporter comme si tu l’étais. »
J’ai eu un nœud à l’estomac. Non pas que je n’aie jamais entendu cette expression auparavant ; oui, à maintes reprises.
Ce qui m’a choqué, c’est le garçon et la leçon qu’on lui donnait là, en public : la valeur d’un homme se mesurait à la propreté de sa chemise.
J’aurais pu faire demi-tour. J’aurais pu dire : « Je gagne plus que certains ingénieurs. » J’aurais pu lui expliquer à quel point son monde s’effondrerait sans des gens comme moi.